Dans la continuité de notre série hivernale dédiée à l’Énergie de l’Eau, intéressons-nous aujourd’hui à un organe souvent réduit à sa seule fonction d’élimination : la Vessie (Pang Guang).
En Médecine Chinoise, son rôle va bien au-delà de celui d’un simple réservoir. Elle participe activement à la transformation du Qi des liquides, c’est-à-dire à la production, au stockage et à l’évacuation de l’urine. Pour cela, elle dépend du Yang du Rein, qui lui fournit l’énergie (Qi) et la chaleur nécessaires. Elle agit également en coordination avec d’autres organes.
L’hiver est la saison du repli et de l’économie de l’énergie. C’est l’occasion idéale de soutenir la Vessie, pour prévenir les inflammations et les inconforts urinaires. Cela permet également de favoriser une meilleure élimination des surcharges et éviter les stagnations internes.
La Vessie en Médecine Chinoise : une force de transformation au service de l’élimination
En Médecine Chinoise, la Vessie (Pang Guang) est un organe Yang rattaché à l’élément Eau, tout comme le Rein avec lequel elle forme un couple énergétique (lire l’article sur L’Hiver en Médecine Chinoise).
Son rôle principal est d’éliminer les liquides impurs sous forme d’urine. Mais cette fonction va bien au-delà d’un simple drainage mécanique. En effet, la Vessie reçoit, trie, transforme et évacue les liquides issus des processus de digestion et de circulation dans le corps.
Cette transformation ne se fait pas seule. Elle dépend du Yang des Reins, qui lui apporte la chaleur et l’énergie nécessaires. Sans cette énergie, la Vessie ne peut ni transformer, ni évacuer correctement, ce qui peut entraîner stagnations, œdèmes ou inflammations.
La transformation des liquides est donc un processus dynamique qui permet de purifier les liquides organiques et de maintenir leur bon équilibre dans le corps.
Lorsqu’elle fonctionne bien, la Vessie joue un rôle essentiel dans :
- le nettoyage du terrain interne,
- l’élimination des déchets,
- le maintien d’une bonne circulation des liquides,
- la prévention des surcharges (humidité, chaleur, stagnations).
Elle agit également en coordination avec d’autres organes impliqués dans la gestion des liquides : la Rate, le Poumon, le Foie, l’Intestin Grêle, le Triple Réchauffeur et bien sûr, le Rein.
En énergétique, la Vessie est parfois comparée à un canal d’évacuation, un barrage ou une écluse. Elle ne fait pas qu’ »éliminer », elle gère les flux, régule les pressions, et assure que les liquides s’écoulent correctement dans le bon sens.

Quand l’énergie de la Vessie est déséquilibrée : signes et troubles fréquents
En Médecine Chinoise, un bon fonctionnement de la Vessie dépend de deux éléments essentiels :
- un Qi suffisant, apporté principalement par le Yang du Rein,
- des voies de l’Eau libres et bien régulées par les autres organes.
Lorsque ces conditions ne sont plus réunies, la Vessie peut présenter différents troubles, allant de simples inconforts urinaires à des déséquilibres plus profonds.
Ainsi, une Vessie en déséquilibre se manifeste souvent par des troubles urinaires : envies fréquentes, mictions douloureuses, urines troubles ou difficiles à évacuer. Cela peut aussi se traduire par une sensation de pesanteur dans le bas du dos, des douleurs lombaires ou une impression de froid dans cette zone.
Mais les déséquilibres de la Vessie ne s’arrêtent pas à ces symptômes physiques.
La Vessie est aussi en lien avec la circulation des liquides dans tout le corps. Si elle ne remplit pas correctement sa fonction, des accumulations d’humidité ou de stagnations peuvent apparaître. Cela se traduit par une impression de jambes lourdes, rétention d’eau, gonflements… Cela peut également entrainer des troubles digestifs ou articulaires liés à un mauvais drainage.
Ces signes indiquent que le système d’élimination est ralenti ou surchargé, et qu’un soutien ciblé peut être nécessaire, surtout en hiver.

Sur le plan émotionnel, l’énergie de l’Eau est associée à la peur, notamment lorsqu’elle est bloquée ou en déséquilibre.
Un vide d’énergie de la Vessie peut s’exprimer par une fatigue nerveuse, une hypersensibilité ou des peurs diffuses. À l’inverse, une tension de cette zone peut s’accompagner d’irritabilité ou d’un besoin de contrôle accru.
L’hiver, saison clé pour prendre soin de la Vessie
En médecine chinoise, chaque organe est associé à une saison. L’hiver est celle de l’élément Eau, qui englobe le Rein et la Vessie.
C’est une saison de repli, d’économie, de retour vers l’intérieur. Le Qi ralentit, la nature entre en dormance, les ressources se recentrent.
Pour la Vessie, cette période est idéale pour soutenir son rôle d’élimination, mais aussi de transformation énergétique des liquides, souvent mis à mal par :
- une hydratation insuffisante,
- une alimentation plus riche,
- une moindre activité physique,
- une exposition accrue au froid et à l’humidité.

C’est aussi une saison où les déséquilibres de l’élément Eau, entrainant cystites, douleurs lombaires, frilosité ou fatigue profonde, ont tendance à s’aggraver.
En hiver, soutenir la Vessie, c’est :
- favoriser une bonne élimination des toxines,
- prévenir les stagnations et inflammations urinaires,
- renforcer l’immunité du bas du corps (zone périnéale, lombaire, jambes),
- et économiser l’énergie Yang pour les mois suivants.
💡 L’hiver invite au repos. Quelques gestes simples peuvent faire toute la différence pour soutenir les Reins et la Vessie : boire chaud, éviter les froids humides, maintenir la chaleur du bas du dos, écouter son rythme…
Soutenir la Vessie : gestes, plantes et huiles essentielles
En hiver, soutenir la Vessie, c’est l’aider dans son rôle de gestion et d’élimination des liquides. Mais c’est aussi préserver son énergie pour éviter les déséquilibres chroniques. Voici trois ressources simples et efficaces à intégrer dans une approche naturelle et saisonnière.
Point de shiatsu : 28V – Pangguangshu, pour libérer les tensions
Le point 28V – Pangguangshu est le point Shu du dos de la Vessie.
Localisé au niveau du 2ᵉ trou sacré (S2), à 1,5 cun (environ la largeur de deux doigts, index + majeur, placés à plat), latéralement de part et d’autre de la ligne médiane postérieure.
En shiatsu, il est utilisé pour :
- rééquilibrer le Qi de la Vessie,
- soulager les troubles urinaires (cystites, mictions fréquentes ou douloureuses),
- renforcer la capacité d’élimination, surtout en période hivernale.
💡 En pratique :
En automassage, ce point peut être stimulé par pressions douces du bout des doigts, ou via une source de chaleur locale (bouillotte).
Mon petit truc : entourer une écharpe (de type flanelle ou autre tissu chaud mais pas trop épais), autour du bas de la zone lombaire et du bas ventre, en descendant sur la zone du coccyx, lorsqu’il fait froid, pour garder cette zone bien au chaud.
Plante de saison : la Callune, douce alliée des voies urinaires
Connue aussi sous le nom de bruyère commune, la callune (Calluna vulgaris) est une plante diurétique douce et antiseptique urinaire. Elle est raditionnellement utilisée pour soutenir le système urinaire en cas de troubles bénins comme les cystites, les mictions fréquentes ou les sensations de pesanteur vésicale.
Elle favorise une élimination saine des liquides tout en respectant les équilibres de l’organisme, ce qui en fait une alliée idéale en hiver, lorsque l’on souhaite soutenir l’épuration sans agresser.
En phytothérapie traditionnelle :
- Elle est indiquée dans les cystites simples, la rétention d’eau ou les urines peu abondantes.
- Elle peut également être utile pour drainer en douceur dans les terrains à tendance arthrosique ou en cas d’engorgement des émonctoires.

💡 En pratique :
En infusion, 1 cuillère à soupe de sommités fleuries séchées pour une grande tasse d’eau frémissante. A boire 2 à 3 fois par jour pendant quelques jours.
⚠️ Précautions : bien tolérée par la plupart des personnes.
Huile essentielle : la Sarriette des montagnes, puissante protectrice
L’HE de Sarriette des montagnes (Satureja montana) est une huile essentielle très concentrée et puissante, à manier avec beaucoup de précautions.
C’est une anti-infectieuse majeure, avec une efficacité reconnue sur les infections urinaires, digestives et respiratoires. Elle agit aussi comme :
- Stimulante immunitaire : elle aide l’organisme à mieux se défendre,
- Tonique général : elle soutient en cas de fatigue hivernale ou de terrain affaibli.

💡 En pratique :
Pour les infections urinaires (à partir de 6 ans), diluer 1 goutte dans 9 gouttes d’huile végétale (amande douce, noyaux d’abricot…). Masser le bas-ventre, 3 fois par jour pendant 7 à 10 jours.
⚠️ Précautions : L’huile essentielle de Sarriette est puissante et à manipuler avec beaucoup de précaution.
Elle est dermocaustique et doit donc toujours être diluée dans une huile végétale.
Elle est contre-indiquée chez la femme enceinte ou allaitante, chez l’enfant, en cas d’asthmeou d’épilepsie, et en cas de traitement médical sans avis spécialisé.
👉 Utiliser sous accompagnement d’un professionnel de l’aromathérapie.
En conclusion : Un hiver pour se purifier en douceur
Prendre soin de la Vessie, c’est soutenir l’élimination physique et énergétique de tout ce qui encombre — toxines, tensions, émotions stagnantes.
En hiver, la Médecine Chinoise nous invite à ralentir, à clarifier notre terrain intérieur, et à poser les bases d’un renouveau en conscience.
Shiatsu, plantes et huiles essentielles sont alors des ressources précieuses, douces mais puissantes, pour accompagner ce processus d’épuration.
📍 Je vous reçois en consultation à Boulogne-Billancourt pour un accompagnement personnalisé en shiatsu et en aromathérapie.
Crédits et sources
Ouvrages :
- Giovanni Maciocia – Principes fondamentaux de la médecine chinoise
Documents personnelles :
- Fiches personnelles : Callune (Calluna vulgaris), HE Sarriette des montagnes (Satureja montana),
- Notes de cours
Visuels :
- Photo 1 : ©Laurence Villevalois
- Visuel 2 : image générée par IA
- Photo 3 : ©Guy Villevalois
- Encadrés botaniques Callune et Sarriette : images générées par IA
